TÉLÉCHARGER COUSINE K YASMINA KHADRA GRATUIT

TÉLÉCHARGER COUSINE K YASMINA KHADRA GRATUIT Cousine K - Khadra, Yasmina et des millions de romans en livraison rapide. Livraison GRATUITE (0,01 pour les livres) en point retrait. Yasmina Khadra (en arabe: ) est le nom de plume de l écrivain algérien Cousine K, , Julliard (Pocket ) La Part du mort, , Julliard (Gallimard, masqué, PUPS, (ISBN , présentation en ligne archive ), p. Créer un livre Télécharger comme PDF Version imprimable. COUSINE K: KHADRA, YASMINA: Books - Amazon.ca. Get your Kindle here, or download a FREE Kindle Reading App.
Nom: cousine k yasmina khadra gratuit
Format:Fichier D’archive
Version:Dernière
Licence:Usage Personnel Seulement
Système d’exploitation: MacOS. iOS. Windows XP/7/10. Android.
Taille:29.62 MB

L'attentat

Yasmina-khadra-les-anges-meurent-de-nos-blessures Il ne sait pas trouver les mots qui apaisent. Ce soir, Chef Borselli est forcé de ravaler sa bave et ses jurons, et ça le déstabilise. Je le trouve pathétique, décevant, aussi chiant que la crève. Je crois que je lui fais de la peine. Et Chef Borselli qui continue de dérailler! On dirait que le pénitencier a été expurgé de son âme. Dans la cour, on a essayé le couperet plus.

If you are a seller for this product, would you like to suggest updates through seller support To get the free app, enter mobile phone number.

Fnac Cergy Retrait gratuit sous 1H Satisfait ou remboursé SAV Fnac 7 jours sur 7 Retour gratuit en magasin. Cousine K - KHADRA, Yasmina et des millions de romans en livraison rapide. Request PDF On Jan 1, , Jane E. - Télécharger Khalil de Yasmina Khadra en PDF gratuit. Cousine K, Yasmina Khadra, Pocket plus.

See all free Kindle reading apps. How does Amazon calculate star ratings The model takes into account factors including the age of a rating, whether the ratings are from verified purchasers and factors that establish reviewer trustworthiness. Review this product Share your thoughts with other customers. Translate all reviews to English. Thank you for your feedback. Sorry, we failed to record your vote. Savoir Livres scolaires et pédagogie Sciences humaines et sociales Nature et sports Tourisme, voyages et guides Sciences et médecine Langues et livres en VO.

Romans Littérature française Littérature étrangère Romans de terroir Romans historiques. Policiers et thrillers Romans noirs Polars historiques Techno-thrillers Thrillers. Romances Littérature sentimentale Romances paranormales Thrillers romantiques Romance sexy. Jeunesse 0-3 ans 3-6 ans 6-9 ans ans Romans ados. En ce moment Promos ebooks du mois: faites le plein de lectures numériques à petit prix.

L'attentat

Cousine K - Poche Yasmina Khadra. Je ne sens pas le sol sous mes pieds. Je crois que je suis déjà mort. Une lumière blanche et tranchante vient de me happer et de me catapulter loin, très loin dans le temps.

Je dois mon surnom au boutiquier de Graba. Le nom de mon village natal ne lui disait rien. Je veux un demi-douro de levure, et je suis pressé. On eût dit la fin du monde. Des éclairs forcenés zébraient les ténèbres, et le tonnerre semblait vouloir réduire en pièces les montagnes.

On ne distinguait plus les hommes des bêtes qui couraient dans tous les sens en hurlant comme des possédés. Nos bêtes étaient mortes, nos maigres récoltes fichues, nos abris en zinc et nos zéribas irrécupérables. Nous étions cinq à occuper un gourbi coincé entre un dépotoir militaire et un verger rachitique. Ne connaissant personne, nous ne devions compter que sur nous-mêmes.

Sa disparition ne fit que confirmer son absence. Mekki nous promit que notre escale au bidonville ne serait pas longue si nous travaillions dur pour gagner les sous qui nous permettraient de nous reconstruire ailleurs. Je voulais mettre la main à la pâte, moi aussi. Il craignait surtout que je me fasse étriper par le premier avorton croisé sur mon chemin. Graba était un délire à ciel ouvert. Les bêtes de somme et les hommes de peine se marchaient dessus.

Tu veux que je te montre sa trompe Plus un bruit, pas un crissement dans les fourrés. Puis, petit à petit, on entendait claquer une sangle, ferrailler une grille, vagir un bébé, se chamailler des mouflets. Nous avions une voisine qui hantait un gourbi en face du nôtre.

La veuve avait un garçonnet étrange, lui aussi. Il pouvait rester dans la fournaise des heures durant, à transpirer et à cligner des yeux, salivant sur un croûton, un vague sourire sur la figure.

Cousine K me trouvait ainsi: détestable jusque dans ma générosité. Si je ne lui pardonne pas, c est parce qu elle n a jamais rien compris. Ce livre est classé dans les catégories: Littérature Romans et nouvelles Littérature française. Numérique - Epub Protection: filigrane ISBN: Télécharger.

En plus, il ne parlait pas. Au loin, on voyait des bergers au milieu de leurs biquettes efflanquées dont les sonnailles taquinaient le silence chargé de torpeur.

En contrebas de la colline cantonnaient des gitans reconnaissables à leurs roulottes amochées. Nous rencontrâmes Pedro le Gitan dans le maquis. Une fois sa bourriche garnie, il sortait un sandwich et le partageait avec nous. Un jour, il nous invita au camp. Pedro cumulait les talents. Il me décrivait un grand chapiteau avec des galeries et une piste circulaire où les gens vont ovationner des animaux sauvages étonnants de savoir-faire et des acrobates exécutant des voltiges périlleuses à dix mètres du sol.

Et puis, au camp, chacun donnait libre cours à ses élucubrations. Je ne faisais que planer de ciel en ciel. Après le quarantième jour de la mort, les gens accèdent à la réincarnation. Le Seigneur ne peut pas nous juger sur une seule vie. Alors, il nous ressuscite en riches, puis en pauvres, puis en souverains, puis en clodos, en dévots, en brigands, etc.

Pour être équitable, il nous fait porter toutes sortes de chapeaux, ensuite il fait la synthèse de nos différentes vies pour se fixer sur notre sort. Il en faudrait quarante pour muer. Et puis, les Gitans sont les seuls à avoir le privilège de se réincarner en Gitans. Parce que nous avons une mission. Sinon, comment tu interprètes que, depuis la nuit des temps, on ne tient pas en place. Les Gitans étaient des personnages hauts en couleur, passionnants et déjantés, et tous avaient un devoir religieux vis-à-vis de la famille.

Il ne restait du camp que les traces du bivouac, les ornières pareilles à des balafres, quelques savates trouées, un châle accroché à un buisson et les crottes des chiens. Je finis par sauter dedans. Le sifflet de la locomotive me fit bondir sur mes pattes. Dehors, la campagne se mit à défiler lourdement. Je sautai le premier, manquai de me briser la cheville sur le ballast.

Plus le train prenait de la vitesse, plus je paniquais. Saute, saute Je me mis à courir sur le ballast aux morsures de tessons. Je courus, courus, la poitrine en feu, les pieds en sang. Je suivis les rails sur des kilomètres et des kilomètres, en claudiquant.

Le soleil commençait à décliner. Il me fallait rentrer avant la tombée de la nuit. Au risque de me perdre à mon tour. Quand elle me vit seul, elle se précipita dans la rue, en revint plus blême encore.

Elle me secoua avec hargne. La veuve ne parut pas comprendre. Je sentis ses doigts ramollir sur mes épaules. Contre toute attente, elle émit un bout de rire et resta songeuse.

Elle demeura ainsi, les coudes sur les genoux et la tête dans les mains, le regard charbonneux. Je ne veux pas de ta pitié. Ça fait des années que je songe à en finir avec ma chienne de vie. Comment peux-tu en finir avec un enfant de cette façon après lui en avoir fait voir de toutes les couleurs En reste-t-il quelques morceaux à mettre en terre La veuve se reprit la tête à deux mains. De nouveau, elle ne paraissait pas comprendre.

Il ne sait même pas tendre la main. Il a peur de la nuit, il a peur des gens. Ma mère se releva, griffée de partout. Ma tante, éberluée, somma sa fille de courir chercher Mekki avant que la démente ne revienne à elle. Nora lui avait tout déballé. Remonté à bloc, il ne chercha pas à en savoir davantage. Il se précipita sur moi et entreprit de me démonter pièce par pièce. Je ne pouvais pas tenir sur mes jambes. Le ballast avait eu raison de mes pieds, et la raclée avait achevé le reste.

La veuve venait aux nouvelles toutes les cinq minutes, en état de décomposition avancée. Ma tante ne se relevait pas de ses prières. Tu vois où tes diableries nous ont conduits Si ça se trouve, les chacals ont fini depuis longtemps de ronger les os de ton oncle. Que va-t-il advenir de nous sans lui Nous sortîmes en courant du gourbi.

Mekki tenait à peine sur ses jambes, le visage brouillé, sale de la tête aux pieds. Il me fixait de son regard glauque et me montrait du doigt comme on désigne un coupable. De la colline qui me tenait lieu de mirador, je voyais en ses gens des pestiférés, et en ses taudis des nasses mortelles. Vu de près, le ghetto se laissait vivre.

Bagarreurs hors pair, ils régnaient sans partage sur la marmaille locale. Ils avaient douze ou treize ans et parlaient comme des taulards trempés, les lèvres sur le côté. Les frères Daho ne savaient pas passer leur chemin. La souveraineté a horreur des trêves, et les jumeaux ne croyaient pas au repos du guerrier.

Des rires sardoniques saluèrent ma reddition spontanée. Je voulais rentrer chez moi en entier. On ne décharge pas un tombereau pour un demi-douro, espèce de raclure.

Je me mis aussitôt sur la défensive, décidé à vendre cher ma peau. La suite était une pure formalité. Un remous se déclencha, furtif et lourd de conséquences. La bande forma un cercle autour de nous. Mon poing partit dans la foulée et, à mon grand étonnement, fit mouche. La bande se retrancha derrière une stupéfaction outrée. Il dormait du sommeil du juste. Devinant la tournure que risquaient de prendre les choses, le boutiquier vint se mettre à côté de moi et, tous les deux, nous regardâmes la bande ramasser son martyr plongé dans un rêve opaque fait de tocsin et de gazouillis.

Le boutiquier était un peu déçu par ma procédure accélérée. Ça promet Ça te dirait de bosser pour moi. Je ne terminais une corvée que pour prendre au vol la suivante. Zane était un collège de premier ordre, et ses fréquentations de formidables leçons de vie.

Il achetait pour des bouchées de pain et revendait à des prix exorbitants, avec fermeté et sans scrupules. Tout le monde, à Graba, lui devait quelque chose. Pour une boîte de conserve ou un crédit dérisoire, il exigeait la lune. Il prêtait sur gages aussi. Souvent, des femmes obscures, drapées de la tête aux pieds dans des voiles crasseux, avec juste une minuscule ouverture sur le front pour regarder où elles mettaient les pieds, échouaient dans la boutique.

Il adorait les humilier et les faire souffrir avant de les jeter dehors comme de vulgaires torchons. Il portait sur lui des amulettes plus fortes que les sortilèges et les anathèmes réunis. Il était né sous une étoile en béton et ne craignait ni les hommes ni les dieux. Ils se tenaient au coin du pertuis pour éviter la confrontation avec mon redoutable employeur et me lançaient des défis comme on jette un sort.

Un tâcheron-coursier, ça cavale tous azimuts. À peine sorti du ventre de sa mère que déjà il raisonnait en adulte. Il avait du panache, ce garçon.

Gomri ne pensait pas à mal et ne cherchait à truander personne. Les mauvaises langues racontaient que lorsque la biquette avait mis bas, une délégation de plaisantins était allée le trouver pour lui demander quel nom il comptait donner à son rejeton. Sid Roho encaissait les piques sans sortir de ses gonds. Il était voleur devant le Seigneur.

Ramdane, Gomri, Sid Roho et moi avions tissé notre amitié sans nous en rendre compte. Je me sentais grandi, presque aussi vaillant que mon ami Ramdane et me permettais de dire, à mon tour et avec raison, que bientôt nous aurions du rouge aux joues et de quoi emménager dans une vraie maison avec une porte qui se verrouille et des volets aux fenêtres quelque part où les magasins seraient mieux fournis et où il y aurait des hammams à chaque coin de rue.

Un sourire de satisfaction frissonna sur le visage de Zane. Les mendiants, tu les envoies balader. Zane se racla la gorge et rejoignit sa proie derrière la tenture. Je je ne me vends pas aux hommes.

La femme sanglotait doucement. Que vais-je devenir, après Tu vas me montrer ton joli cul ou pas Retourne-toi maintenant, ma cocotte. Rapidement, des grincements effrénés couvrirent les gémissements de la femme avant que le râle triomphant de Zane ne mette fin au tapage. Elle avait vieilli de vingt ans en quelques heures.

Elle me faisait honte et pitié à la fois. Veux-tu me laisser rentrer chez moi Je ne suis pas une dévergondée. Personne ne doit savoir, tu comprends Elle se jeta sur moi, embrassa ma tête, mes mains, se mit à quatre pattes pour me baiser les pieds. Je la repoussai et courus vers notre gourbi.

Le lendemain, elle avait disparu. Elle avait pris son enfant et elle était partie on ne savait où. Je ne la revis jamais plus. Comment me défaire du souvenir de cette femme aux abois Si oui, lui ressemblerais-je quand je serais grand Zane me trouvait distrait et mélancolique. Il menaçait de me renvoyer. Mes compagnons me pressaient de questions, tarabustés par mon chagrin. Je gardais mon secret pour moi.

Comment leur expliquer la disparition de la veuve sans en être coupable Zane finit par me virer, et je me sentis un peu mieux. Mon oncle faillit tomber à la renverse en apprenant mon renvoi.

Télécharger A quoi rêvent les loups en pdf gratuitement. - Télécharger vos LIVRES en PDF gratuitement: Télécharger les Cousine K - KHADRA, Yasmina et des millions de romans en livraison rapide. À quoi rêvent les loups, L écrivain, L imposture des mots, Cousine K sont traduits dans 22 pays. Vous Pouvez télécharger les romans de Yasmina Khadra, voici les liens: 1 L imposture des Yasmina khadra (mouhamed moulessehoul).

Il nous revint dans un sale état, couché sur un chariot, démonté de la tête aux pieds. De nouveau livré à moi-même, je rejoignis Gomri dans sa forge. De son côté, Ramdane me proposa de lui donner un coup de main au marché. Ramdane ne savait ni se reposer ni choisir, entre deux supplices, le moins titanesque.

Une fois, il avait dépossédé Laweto de son ouistiti. Au nez et à la barbe de tous. En une fraction de seconde, ce fut la débandade.

Mais aucune trace du ouistiti. La nuit tomba, et pas de nouvelles du ouistiti. Gomri ne trouvait pas ça sunnite. Il nous invita à le suivre, Ramdane et moi, et nous nous rendîmes sur-le-champ chez LeBouc.

Je croyais que tu avais du respect pour ce pauvre Laweto. Il me proposa comme moutcho dans un hammam antédiluvien à Kasdir, un vieux douar où la nuit arrivait plus vite que le jour. La tâche était honnête et propre. Je portais les serviettes des baigneurs, essorais leurs pagnes, décrassais leurs rejetons. Pour le pourboire, je pouvais toujours rêver, mais je gagnais dix-sept douros par semaine, et ça renflouait la tirelire familiale. Je fus congédié sur-le-champ. Pendant la journée, je me cachais dans le maquis pour ne pas le croiser sur mon chemin.

Au coucher du soleil, je rejoignais ma bande dans le verger.

Mes camarades étaient au courant de ma déconvenue, et chacun y allait de sa petite suggestion. Sid Roho me proposa de rouler pour lui. Deux jours plus tard, il revint me trouver avec un boîtier en bandoulière. Tu veux venir avec moi en ville oui ou non Sid Roho parvint à me convaincre et nous partîmes en courant nous débarbouiller dans un abreuvoir où se désaltérait une mule.

Mon univers se limitait à Turambo et à la propriété du colon. Je passais des heures à contempler la grande maison aux toitures recouvertes de tuiles avec son perron évasé garni de balustrades, sa large porte en bois sculptée ouverte sur un salon inondé de lumière, ses portes-fenêtres peintes en vert donnant sur une vaste véranda en fleurs où, le dimanche, le colon et ses convives dégustaient des grillades et des orangeades ruisselantes de fraîcheur.

Cette découverte demeurera gravée dans ma mémoire, pareille à une révélation prophétique. Regarde comment je manie la brosse si tu tiens à apprendre le métier. Après le cirage, il passait dessus un torchon, les poignets aussi vifs que des pistons. Vos bottes ont fait peau neuve. Le soldat laissa tomber une pièce par terre et traversa la chaussée en sifflotant.

Il en fabriquait à la chaîne Alors, ajouta-t-il en décrivant un large arc avec son bras, tu me crois, maintenant Les gens y ont chacun leurs chambres séparées par des couloirs.

Leurs lampes ne fonctionnent pas à la mèche. Pas des paillasses, pas des nattes, des lits en fer à ressorts qui bercent leur sommeil. Ils en ont dans la salle où ils cuisinent, et dans la salle où ils font leurs besoins. Tu es en ville, mon pauvre Turambo. Ici, les rues et les places ont des noms et les portes des numéros. Dans ces maisons-là, tu ne vis pas, tu te la coules douce.

Tu es le plus sacré des veinards et les dieux te mangent dans la main. Des fois, il y a des orchestres qui jouent en plein air, et les femmes se poudrent le nez pour se faire plus belles que leurs filles.

yasmina khadra cousine k pdf gratuit Télécharger PDF les romans de yasmina khadra

Et il fila proposer ses services à un dandy. Le matin, je courus réveiller Sid Roho pour retourner en ville puiser dans son soleil les lumières qui manquaient dans ma vie. Nous avions trouvé quelques souliers à reluire, puis nous étions allés dans un parc observer les jeunes amoureux se contant fleurette sur les bancs. Il me confia, en fin de journée, deux paires de godasses qui me donnèrent du fil à retordre au début, mais que je réussis à négocier de façon acceptable.

Après, il partit se reposer sur un muret et me laissa me débrouiller seul. À la fin, le policier grogna de satisfaction et reprit sa ronde sans porter la main à sa poche. Lorsque nous nous fûmes éloignés, il extirpa un sifflet de sa poche. Et moi aussi, tiens, exulta mon ami. Je lui ai chipé sa sirène, à ce radin boursouflé.

Il était vraiment impressionnant. Le soir, nous ne rentrâmes pas directement au ghetto. Sid Roho se tordait de rire, la main sur la bouche. Sid Roho me traîna dans un autre quartier et recommença son cirque.

De nouveau, des sifflets lui donnèrent la réplique. Après une bonne rigolade, on remettait ça au faubourg suivant. Nos plaisanteries nous hérissaient les poils, délicieuses et angoissantes à la fois. Quelques pâtés de maisons plus loin, Sid Roho ressortait le sifflet, et en avant la clique.

Vers minuit, absolument ravis de nos farces culottées en diable, nous rejoignîmes Graba pour savourer un somme bien mérité. Je ne supportais plus cet enfer qui nous grillait le cerveau et asséchait nos veines sans nous laisser une seule source où puiser une larme. Tu devrais rejoindre au plus vite le hammam au lieu de radoter. Tu devrais prendre exemple sur Nora. Et moi qui ai oublié ce que trêve veut dire pendant que toi, tu prends à la légère le fardeau qui nous écrabouille.

Avec tes doigts dans le nez Mekki vacilla comme si le ciel lui tombait sur la tête. Quand vas-tu te rentrer ça dans le crâne, espèce de chien Je le repoussai avec hargne. Et je ne veux plus que tu portes la main sur moi. Il ne manquait plus que ça. Était-il aveugle ou stupide Mais je tins bon et défendis crânement mon territoire.

Il y avait des jours où je rentrais bredouille, le ventre vissé aux vertèbres. Mon fardeau me pesait chaque jour un peu plus, sans me ralentir. Un adage ancestral stipulait que celui qui espère vaut mieux que celui qui attend, et celui qui attend est moins à plaindre que celui qui renonce. Mon ambition était grande comme ma faim et aussi crue que ma nudité. Je serais peut-être appelé à tenir à mon tour un volant.

Le rêve est le tuteur du pauvre, et son pourfendeur. Il nous tient par la main, puis il nous tient dans la sienne pour nous larguer quand il veut après nous avoir baladés à sa guise à travers mille promesses.

Que dire de mon rêve à moi Il était attachant comme tous les rêves. Mais le malheur ne sait pas rester à sa place. Un Arabe est coupable par nature. Je ne remis plus les pieds à Sidi Bel Abbes. Notre escale à Graba perdurait. Deux années avaient passé, et nous étions encore à crapahuter sur place.

Ramdane avait contracté une vilaine bouffissure au milieu du ventre. Ramdane refusa de prendre au sérieux les recommandations du guérisseur.

Il enroula un pansement autour de la taille pour contenir sa hernie et se remit au travail. Elle avait une grosse tête fuselée enserrée dans un foulard, des épaules étroites et la poitrine plate, le tout juché sur des jambes grêles et démesurées. On aurait dit une sauterelle. Cachés derrière le fourré, nous assistions au petit manège dans un silence de cathédrale, Sid Roho en se massant le pédoncule et moi en pensant à Nora.

Après les pluies diluviennes qui inondèrent nos gourbis, le gel recouvrit de verglas le sol et transforma le bidonville en patinoire.

Il neigea trois jours de suite, sans discontinuer. Pendant deux semaines, les échoppes restèrent closes et le marché vide. Il y eut des morts de faim et des morts de froid par dizaines. À la fonte des neiges, la bourbe envahit les taudis et, là encore, il y eut des morts et des cahutes par terre. Il y eut des dégâts dans ma famille. Nora attrapa la crève et faillit y passer.

Moi, je brûlais de fièvre, le corps recouvert de furoncles. Puis, les uns après les autres, nous revînmes à la vie. Ses membres inférieurs ne répondaient plus. Ramdane figurait parmi les partants. Il tint à me faire ses adieux avant de quitter le cloaque. Mes parents ont fini leurs numéros.

Mon grand-père disait que la fatalité ne concerne que ceux qui ont tout tenté sans succès. Je ne pense pas que mes parents aient tenté quoi que ce soit. Le pire restera toujours derrière lui.

Il nous réunit dans le gourbi dont la toiture en tôle avait été démolie par la neige. De toute façon, il ne reste plus grand-chose dans ce foutoir. Les fournisseurs préféraient ravitailler Kasdir et déguerpir. La piste qui menait à Graba était impraticable et les brigands infestaient les sentiers. On parlait de typhus et de choléra. Mais je suppose que les hommes sont plus durs à la détente que les mules.

Le dépit de ma mère nous estomaqua. Sa sortie inattendue était en réalité la preuve que notre descente aux enfers avait touché le fond. Ma mère déplaça un tas de ballots dans un coin de la pièce, en extirpa un torchon sévèrement ficelé et le défit sous nos yeux. Ce bijou a appartenu à ton arrière-grand-mère. Trouve-nous un point de chute où les gens ressemblent à des gens pour que nous puissions à notre tour ressembler à ce que nous avons été.

Il demanderait conseil aux gens sur sa route. Un matin, Rokaya se réveilla en sueur, les prunelles éclatées. Rokaya remua péniblement sur sa couche. Il nous a promis un endroit tranquille, et ça ne court pas les rues, les endroits tranquilles. Tu vas lui porter la guigne. Ton bijou a causé sa perte, et la nôtre. Dieu ne peut pas nous faire ça.

Ma mère sortit dans la cour, furieuse, à court de repartie. Mekki nous revint, exténué mais radieux. Nous accueillîmes notre revenant comme une grâce. Ma mère lui fit remarquer que Rokaya ne supporterait pas un tel voyage dans son état. Nous étions très contents de notre nouveau point de chute. Je lui portais son repas à midi et, le reste du temps, je voguais. Oran était une aventure haletante, un carrefour où se rattrapaient les âges, chacun paré de ses atours.

La modernité faisait miroiter ses appâts auxquels les vieux réflexes ne mordaient que du bout des lèvres, comme on goûte à un fruit suspect. Il y avait fausse donne quelque part.

La majorité des habitants étaient des Espagnols, en général des petites gens et des Gitans sédentarisés qui vivotaient au gré des conjonctures, guettant entre deux prières un semblant de miracle qui les sortirait des mauvaises passes. Leurs femmes, dont de nombreuses diseuses de bonne aventure, faisaient du porte-à-porte pour vendre des dentelles fanées ou pour lire sur les lignes de la main des destins improbables. Des femmes étonnantes, pugnaces et baratineuses de premier ordre, rusées à endormir le diable sur ses crottes.

À Médioni, Delmonte, Saint-Eugène, de la pinède des Planteurs jusque sur les hauteurs de Santa Cruz, on chantait pour ne pas disparaître.

kikapk.info - Esclave de Daech - Jinan, Thierry Oberlé - Livres | Livres à lire, Esclave, Livre

Car, à Oran, la pauvreté était une mentalité, et non une condition. Celui qui y était aperçu une fois était honni à vie. Puis, tout de suite, survolant les hauteurs du boulevard Seguin, le plateau de Karguentah! Je ne me lassais pas de humer son souffle et de lui prendre le pouls, attentif au moindre de ses soubresauts. Médine Jdida sentait la fièvre des survivances. Les lumières du jour ricochaient sur les murs et sur les calèches en une succession de flashes éblouissants et traversaient les yeux comme des lames de rasoir.

Les réclames tonitruantes des marchands conféraient à la cohue une épaisseur de migraine. Les chibani portaient leur barbe blanche avec noblesse. Dans les cafés bondés où des phonographes nasillards diffusaient sans trêve de la musique cairote, les serveurs slalomaient au milieu des tables, la théière sur le plateau, le tablier immaculé. Le folklore de Médine Jdida était, à lui seul, une formidable conjuration. Ma mère avait trouvé du travail, malgré la désapprobation de Mekki.

Mon oncle gagnait juste de quoi réchauffer la marmite et payer le loyer. Ma mère faisait le ménage chez une veuve, boulevard Mascara, à quelques encablures de notre maison. Je commence à avoir mal à la tête à cause du soleil. Elle retape la maison ou quoi Ma mère dit beaucoup de bien de la tienne.

Elle ne quitte jamais son lit. Je balayai ses excuses de la main. Si ta mère est amie avec la mienne, pourquoi pas nous Gino était un garçon franc, sans histoires et sans malice.

Il y avait quelque chose, chez lui, qui sentait bon. Nous nous retrouvions le soir, boulevard Mascara. Je suis en train de fondre. La voix avait fusé dans un souffle flapi, de la chambre. Puis quelque chose remua sur le lit. En plissant les yeux, je décelai une masse rougeaude sous un drap blanc transparent de sueur. Son ventre était vallonné de bourrelets de graisse qui cascadaient sur les flancs, et ses jambes éléphantesques reposaient sur des coussins comme deux colonnes de marbre.

Gino me poussa vers le lit. La mère me dévisagea de ses yeux bleus. Elle avait de belles fossettes aux joues, son sourire était touchant de tendresse.

Elle voulut porter sa main sur mon visage, son bras resta coincé dans la masse. Je crois que vous allez vous entendre tous les deux. Approche encore, mets-toi à côté de moi. Devi sicuramente avere degli abiti che non indossi più, Gino.

Gino me conduisit dans sa chambre. Et ses ancêtres, depuis des siècles et des siècles. Elle a rencontré mon père sur un paquebot. Pour que je ne perde pas la langue de mes oncles, tu comprends Les Italiens sont très fiers de leurs origines. Ils ont un sacré tempérament. Il en sélectionna une pour me la montrer. Sur la photo prise sur une terrasse surplombant la mer, une femme riait, son corps de sirène enserré dans un joli maillot de bain. Gino esquissa une moue maussade. Elle faisait tourner la tête à tout le monde dans la rue.